Audrey : « Je ne peux pas m’en séparer, c’est ma compagne. »

Elle aime la montagne, le ski, la neige. Audrey est heureuse de vivre ici entre Genève et Annecy. Heureuse d’avoir quitté l’agitation de Paris qui rythmait « sa vie d’avant ».
« J’avais une vie stressante et fatigante mais en même temps j’ai fait des supers trucs ! », nous raconte-t-elle.
Audrey a la fibre artistique. Après ses études, elle trouve un boulot d’assistante directrice artistique dans une grande agence de publicité. Elle vit alors avec quelqu’un, rencontré à l’âge de 19 ans.

En 2006, Audrey se lance en « freelance ». Cette même année, elle commence à avoir le doigt, puis la main engourdie, « j’apprendrai plus tard qu’on appelle ça une paresthésie. »
Le diagnostic est long et compliqué.

Audrey atteinte de sclérose en plaques

En septembre 2007, sa vie bascule. Audrey a 28 ans et un professeur lui confirme ce qu’elle pressentait, elle est atteinte de sclérose en plaque.
« Finalement j’étais soulagée, on allait pouvoir être dans l’action. Et surtout ce n’était pas dans ma tête ».
La maladie va remettre en cause beaucoup de choses dans la vie de cette jeune femme.

J’ai décidé de garder les gens qui apportent du positif et de laisser ceux qui apportent du négatif. Je me dis aussi qu’il faut que je pense à moi.

Audrey met fin à sa relation amoureuse. Elle descend dans le Sud vivre un peu chez sa mère, le temps de trouver un nouvel appartement, de se retrouver également.
« Je faisais des allers-retours en TGV pour le boulot, je voyais le kiné deux fois par semaine. A chaque rendez-vous, mon médecin me répète : ‘il faut se reposer, éviter le stress, il faut du positif’ ».

Audrey, atteinte de sclérose en plaques, assise sur un banc Audrey souriante, elle est atteinte de sclérose en plaques

Au début, Audrey prend son traitement à bras le corps. Elle est fière de faire ses piqûres toute seule.
Mais au bout d’un an, elle ne tient plus, n’y arrive plus, « j’étais vraiment déprimée ».

Il y a aussi cette fatigue indescriptible et fluctuante, « c’est vraiment le truc le plus pénible de la maladie. Les gens ne peuvent pas comprendre ! Imagine que tu vis avec 39° de fièvre et la grippe, tous les jours. Et bien ça, c’est quand je me sens bien. »
La fatigue intensifie tout, les émotions sont à fleur de peau. Audrey voit un psychiatre, « ça ne m’aide pas beaucoup », nous explique-t-elle. Sur la demande de son médecin, elle prend également des antidépresseurs, « je me sens endormie avec les médocs, le cerveau comme embué ».

Début 2009, Audrey a un déclic, elle ne veut plus prendre de médicaments ! Elle décide donc d’arrêter les antidépresseurs et le traitement pour la Sep.

J’avais besoin de me retrouver. J’avais l’impression de n’être que la Sep alors que je suis avant tout une personne.

Audrey retrouve peu à peu le moral et de l’énergie. Au niveau des symptômes de la sclérose en plaques, « ce n’est ni pire ni mieux ».

Audrey, atteinte de sclérose en plaques, retrouve peu à peu le moral

Au même moment, la jeune femme rencontre Vincent qui partage aujourd’hui sa vie.
« C’est quelqu’un de calme et patient. Ça ne doit pas être évident pour lui, il faut suivre les phases que nous impose la Sep. Il m’a toujours dit ‘ça fait partie de toi’ ».

Au printemps 2010, Vincent est recruté par une grande entreprise à Genève.
Vivre à la montagne, c’est le rêve d’Audrey. L’emménagement est programmé pour septembre 2010, mais pendant l’été qui précède, Audrey subit 3 poussées.
« La Sep a commencé à attaquer mes jambes, j’avais des pertes d’équilibre. Je retourne voir mon professeur qui m’engueule fortement et me remet immédiatement sous traitement ». Un traitement qu’elle aura du mal à supporter.
L’acupuncture va l’aider. « Mon moral va mieux, je me sens mieux. Je passe même un entretien dans une agence à Genève, pensant pouvoir surmonter les obstacles ».

Et Audrey est embauchée ! Mais rapidement le rythme de travail l’épuise : « je partais de la maison à 7 heures, je quittais l’agence à 19h. Je me couchais sans manger tellement j’étais épuisée. Je fais des erreurs d’inattention. Ils me reprochaient de ne pas travailler assez vite. »
Au bout de trois semaines, Audrey fait une nouvelle poussée. Quelques jours plus tard elle est licenciée.
« Mon orgueil en prend un coup, je le vis mal. Je me rends compte qu’entre ce que je veux et ce que je peux, il y a un fossé ».

L'acupuncture va aider Audrey, atteinte de sclérose en plaques

Difficile de tout accepter. La maladie et son lot d’injustices : Vincent et Audrey souhaitent acheter une nouvelle maison mais Audrey ne peut pas emprunter en son nom propre.

Le couple veut un bébé. Le traitement de la Sep n’est pas compatible avec cette envie. Audrey arrête donc une nouvelle fois son traitement, avec l’accord des médecins cette fois. Mais la maladie avance.
« La poussée de cette année a vraiment été violente, j’étais complètement dépendante de mon conjoint. Et encore, j’avais du mal à lui dire à quel point ça n’allait pas ».

En avril 2015, Audrey demande à Vincent de l’accompagner acheter une canne, « ça a été hyper dur, et encore, on en a trouvé une pas trop moche et pliable ».
La jeune femme a beaucoup pleuré, sa mère est venue la soutenir. « D’un côté ça m’a recadré parce que j’ai aussi tendance à pousser mes limites ».
Elle réalise que pendant toutes ses années elle n’a pas accepté sa maladie :

Avant je me disais, elle est là mais si je ne pense pas trop à elle, peut-être qu’elle se fera oublier. Mais en fait non ! Maintenant je me dis qu’elle est là, mais qu’elle n’a pas gagné. Il faut juste que je la prenne en compte.

Alors Audrey essaie d’accepter : « il y a des choses que je ne peux plus faire, en tout cas pas comme je voudrais ».

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La Sep s’est imposée à elle, à Audrey désormais de composer avec. Elle vient de commencer des études pour devenir naturopathe.
Elle a également lancé un blog, sa « petite thérapie personnelle ». « Mon but est d’aider d’autres patients, mais aussi de faire connaître cette maladie », nous explique-t-elle.
Tout le talent de graphiste d’Audrey s’exprime au fil d’ « InSeparable ».
Il y est question de Sep bien sûr mais pas que. Il y est question de la vie tout court : « La maladie c’est une fatalité, mais la vie ce n’est pas que ça. J’ai envie de montrer qu’on peut avoir la patate ! »