Gilles : “Je me suis demandé ce que j’avais fait pour mériter ça si jeune ?”

Gilles a 24 ans, il est étudiant en sixième année de médecine. Quand il se souvient de son enfance, il parle de ses 15 ans comme d’un tournant. « Pendant 15 ans, j’ai connu une vie normale. J’aspirais à toujours plus d’indépendance ! Puis il y a eu le diabète… Moi c’est à l’hôpital que j’ai passé ma crise d’adolescence. »
En avril 2006, Gilles est fatigué et continuellement assoiffé ! « C’est comme si il y avait un tuyau reliant directement ma gorge à ma vessie !» raconte-t-il.

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Il maigrit d’autant plus qu’il mange. Un mois plus tard et 12kg en moins, Gilles est hospitalisé. « Ils ont testé ma glycémie mais elle était si élevée que la machine ne pouvait pas la mesurer ! », se souvient Gilles, « je n’étais pas inquiet, je pensais qu’on me soignerait et que tout rentrerait dans l’ordre. »

Lorsque le médecin tourne les talons et s’apprête à sortir de la chambre d’hôpital, Gilles l’interpelle :         « Docteur qu’est-ce que j’ai ? » « Vous avez un diabète. » Gilles plaisante et, comme pour lui, lance « un diabète ? Ah c’est bête ! Et quel est le traitement pour que je guérisse ? » Le médecin lui répond à brûle pourpoint « Vous ne guérirez pas, c’est un traitement à vie » et elle s’en va. Gilles est sous le choc.

Second coup dur : le jeune homme comprend qu’il va devoir s’injecter de l’insuline quatre fois par jour et tester sa glycémie quotidiennement. Gilles passe la pire nuit de sa vie. Envahi par la colère, il est soutenu par sa famille et notamment son père qui essaie de lui ouvrir les yeux :  « Tu sais Gilles, c’est bien ce qui t’arrive, ce matin si tu étais allé au lycée, tu aurais pu être renversé par un camion! ».

L’adolescent entame alors la phase d’expérimentation, il fait des erreurs mais apprend vite. « Je sais que si je ne me traite pas correctement j’encours des complications », se souvient-il.

Le fait de se prendre en charge, penser à faire des bilans tous les trois mois, aller à la pharmacie et contrôler sa glycémie le font devenir adulte.                                                                                                             De retour au lycée, Gilles mûrit plus vite que ses camarades: « Quand je suis tombé malade, j’ai compris que je n’étais pas un super-héros et que j’avais mes faiblesses comme tout le monde ». Tout cela l’aura marginalisé de ses amis qu’il juge parfois immatures. « Cette dépendance à l’insuline m’a rendu responsable de moi-même », constate-t-il. Adulte avant l’âge, Gilles considère être resté le même « avec quelque chose en plus ».

Ce « quelque chose en plus » qui s’assimile à quatre piqûres d’insuline par jour, Gilles a tenu à vite en parler à ses amis «pour briser la glace ».
«Même si je n’aime pas raconter que je suis malade, le dire c’est aussi l’accepter », confie-t-il. Deux mois après avoir été diagnostiqué, Gilles part en colonie avec l’AJD (l’Aide aux Jeunes Diabétiques). «Je me suis inscrit car j’avais envie de rencontrer d’autres diabétiques. Ca réconforte de savoir qu’on n’est pas tout seul à souffrir ».