Une transat pour l’amour du père

Ils sont amis d’enfance. Thibault et Morgan ont tous les deux 33 ans, ont tous les deux leur père qui est atteint par le cancer de la prostate et ont tous les deux décidé de porter chaque année la moustache au mois de novembre.

« Pourquoi est-il question de moustache ? » me direz-vous. Il s’agit du signe de ralliement au mouvement « Movember », organisé par la fondation « Movember Foundation Charity » qui encourage les hommes du monde entier à se faire pousser la moustache chaque année au mois de novembre.
Le but : sensibiliser l’opinion publique et inciter à lever des fonds pour la recherche dans les maladies masculines telles que la prostate, le cancer des testicules, etc.

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« Les hommes sont peu informés sur les symptômes et n’osent pas toujours en parler, indique Morgan. Passé 40 ans, il est utile de se faire dépister si on ressent la moindre contrariété. D’autant que le cancer de la prostate peut par exemple être bien traité s’il est diagnostiqué à temps. »

Les pères de Thibault et Morgan ont découvert qu’ils étaient touchés par cette maladie à peu près en même temps, il y a quatre ans. Et tous les deux souffrent aujourd’hui de complications, car ils ne s’étaient pas préoccupés des premiers signes.

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« On avait envie d’agir pour eux, de soutenir une cause qui pouvait développer la recherche, explique Thibault. Mais en regardant sur internet, on s’est rendus compte qu’aucune association ou organisation n’œuvrait spécifiquement pour la lutte contre le cancer dont souffrent nos pères. »

C’est à ce moment-là que Morgan, qui navigue comme skipper toute l’année aux quatre coins du monde, fait la connaissance d’un groupe de Québécois qui portent tous étrangement la moustache durant tout un mois. Le concept plaît immédiatement au jeune homme, qui relaie la nouvelle à Thibault, à son tour conquis.

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Ce dernier, qui est pour sa part propriétaire et gérant de trois brasseries à St-Malo, fait donc passer le mot autour de lui. Et, au bout de quelque temps, la quasi-totalité de son personnel masculin se met à le suivre et se fait pousser la moustache au mois de novembre.

La petite attraction fait son effet : « les gens étaient sceptiques en voyant tous les gars de mon équipe avec une moustache, sourit Thibault. Du coup ça nous a permis de remplir notre rôle de relayeur d’information sur les maladies masculines. C’est aussi comme ça qu’on a obtenu 1500 euros de dons pour la fondation l’année dernière ! »

Mais Thibault veut aller plus loin. Lui aussi marin expérimenté, il commence à échafauder le projet de faire la transat Jacques Vabre avec son ami d’enfance. Et la cause qu’ils porteront tout au long de la course sera bien sûr celle de la fondation Movember…

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Après deux ans de réflexion, d’élaboration et surtout de recherche de financements, les voici maintenant à quai, ce dimanche 25 octobre, prêts à s’élancer pour rallier Itajaí, au Brésil, de l’autre côté de l’atlantique.

Une course que vous avez pu suivre sur leur page Facebook et qu’ils ont finalement achevée le vendredi 27 novembre, en exactement 33 jours, 4 heures, 13 minutes et 20 secondes.
Ils ont malheureusement terminés derniers dans leur catégorie Class 40, mais ont démontré une formidable force de caractère.
Le duo a en effet dû faire une escale à Vigo, en Espagne, pour changer une barre de flèche cassée. Ils n’ont pas voulu jeter l’éponge, même après 40 heures de travail acharné, pour remettre leur embarcation en état d’affronter les 4 500 miles qu’ils leurs restaient à parcourir.

Car l’essentiel était bien là pour nos deux moustachus : arriver au bout, quoi qu’il arrive, pour pouvoir porter fièrement les valeurs de leur aventure. 5% de l’argent récolté pour financer leur course est par ailleurs reversé à la fondation Movember.

« Je suis sûr qu’on a déjà sensibilisé une dizaine de potentiels malades rien qu’au cours de l’organisation de notre voyage, estime Thibault. Démarcher des sponsors, susciter des questions avec nos moustaches ou tout simplement évoquer notre transat, ont été autant de moyens efficaces pour parler des risques des maladies masculines. Et si nous avons pu sauver ne serait-ce qu’une vie par ce biais-là, notre course est déjà une victoire. »

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