Valérie : “J’ai rencontré des gens géniaux que je n’aurais pas rencontrés sans cette terrible épreuve !”

Valérie est née et a toujours vécu en Belgique. Cette passionnée d’écriture et de loisirs créatifs a subi une terrible épreuve il y a plus de 4 ans : un violent accident de voiture qui l’a met dans le coma. Elle mettre de longues années avant de retrouver un quotidien “normal”.

  • Présentez-vous

Je m’appelle Valérie. Mon nom d’auteur est Anaïs Valente. Je tiens un blog depuis 2006 et j’ai écrit plusieurs livres, des guides pratiques rigolos parus chez divers éditeurs dont Hachette/Marabout. J’ai aussi écrit des petits articles qui paraissaient chaque semaine dans un journal et dans un hebdo féminin belge. Je participais aussi à des ateliers de peinture et d’écriture, j’adorais ça. Côté sérieux, j’ai bossé 19 ans chez un notaire namurois (en Belgique, une fois), c’est pour cela que j’avais un « nom de plume », pour rester anonyme au bureau, vis-à-vis des clients. Je suis née à Namur en 1972, et j’y vis toujours.

  • Quelle est votre histoire ?

Le 20 décembre 2014, un samedi vers 14 h, je me rends à mon atelier d’écriture près de chez moi. En traversant sur un passage piétons, je suis renversée par une voiture. La voiture m’éjecte, me catapulte sur le sol et je tombe direct dans le coma. Je suis transportée en ambulance à l’hôpital, opérée du cerveau en urgence. Tout ça, je le sais car on me l’a raconté, mais je n’en ai pas le souvenir. Durant le mois qui a suivi l’accident, j’ai vécu comme un légume à l’hôpital. Fin janvier 2015, hors de danger mortel (mais toujours comme un légume, tant physiquement que mentalement), je suis emmenée en ambulance à environ 40 kilomètres de chez moi, au Centre Hospitalier Neurologique William Lennox, un centre de revalidation bien connu en Belgique. J’y reste neuf mois, les mois les plus longs de mon existence, même si les trois premiers mois, je n’avais aucune notion du temps vu que j’étais toujours un légume. J’ai dû tout réapprendre : parler français (je parlais anglais, il parait que les traumatisés crâniens parlent souvent une autre langue) et me souvenir des noms des choses (c’est encore un gros problème maintenant), marcher (je marche comme un canard boiteux, mais j’ai quitté ma chaise roulante).

Le 11 septembre 2015, je peux revenir vivre chez moi, dans un sale état, mais je VEUX rentrer, et le docteur du centre Lennox donne son accord. Je vivais seule avec mes trois chats (oui, une mèmère à chats, j’assume). Je suis handicapée à 66 %, à vie, et cérébrolésée, à vie aussi j’imagine. Pour résumer, ce que j’ai eu c’est un peu comme un AVC, mais causé par une voiture, donc tout mon côté gauche a été paralysé et reste toujours très faible. J’ai cette chance d’être droitière.

  • Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

Ça fait donc plus de trois ans que je suis rentrée, ma vie a bien sûr totalement changé. Je ne sais plus bosser, je ne serais plus capable de gérer des dossiers comme avant, enfin mon cerveau ne saurait plus le faire. Et de toute façon, l’endroit où je bossais n’est pas conçu pour les handicapés physiques (étage, escaliers…). Le plus dur, c’est de ne plus savoir bosser comme je le faisais depuis 19 ans et me dire que je ne fêterai jamais mes 20 ans d’ancienneté (on a un cadeau non ? non ? non ?).

Par contre je fais plein d’autres choses et j’ai rencontré des gens géniaux que je n’aurais pas connus sans ce qui m’est arrivé, je participe à des ateliers créatifs et d’écriture, à des séances de gym douce.

  • Quel est votre passion ?

Fort heureusement, ma passion n’était pas le sport, sinon ça serait fini pour moi ! Ma première passion c’est l’écriture bien sûr, d’ailleurs dès le Centre Neurologique William Lennox, on me faisait réécrire.

Depuis mon retour, je tente de réécrire, via mon blog d’abord (beaucoup moins qu’avant, je suis horriblement plus lente, mais j’adore toujours ça), via des ateliers aussi.

Ensuite, j’étais passionnée par la peinture : tableaux abstraits en acrylique, collages de phrases… j’ai pu renouer avec ça aussi.

  • Quels conseils donneriez-vous à un patient ?

D’être… patient. Je ne supporte pas ce mot, ce n’est pas ma qualité mais pas le choix et surtout, faut se battre au quotidien pour évoluer, ne jamais perdre espoir.

  • Quel message souhaitez-vous délivrer à la communauté de We are Patients ?

Comme je l’ai mis depuis mon retour chez moi sur ma page Facebook (endroit où j’adorais parler, et qui me permet de revoir ce que je publiais il y a des années, pratique pour une cérébrolésée qui a beaucoup oublié), «ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts».