La chronique d’Athénaïs – J’ai un cancer mais c’est pas grave ! (Part 2)

Souvent pleine de surprises, et pas des moindres ; la semaine dernière vous découvriez en même temps que moi l’annonce du cancer de ma mère. Cette maladie s’est attaquée à son sein en 2001 et moi je viens de me faire transplanter du foie pour la première fois. Il m’était inconcevable de ne pas écrire sur ce sujet, une manière un peu singulière d’exprimer toute la gratitude – le mot est faible – et l’amour que j’éprouve pour ma mère. C’est l’histoire de plusieurs combats menés de front et victorieux. C’est aussi des souvenirs et des anecdotes amusantes, celles que nous choisissons de retenir ou plutôt celles qui restent ? Allez, on prend la voie rapide pour découvrir plus effrontément, ma chère maman.

Comme pour toute aventure de vie, la maladie suppose de traverser de lourdes épreuves certes mais surtout d’expérimenter des moments d’une intensité rare. Vous êtes alors véritablement conscients d’exister. Qui de nous en est le plus riche ? Nous le saurons peut-être un jour, mais je crois avoir ma petite idée sur la question…

Le cancer et la chimio, c’est un peu comme “Satanas et Diabolo”, un couple indissociable. C’est d’ailleurs le seul mariage qu’on espère infidèle.

Maman vient d’être déperfusée, sa définition de la chimiothérapie ? “Tu as l’impression que tu vas crever”. Pourtant ça n’est pas cet antinomique poison qui va l’empêcher de prendre sa voiture en plein cagnard pour venir me voir !

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Maman, qui pilote au son de “I will survive”, est prise de sueurs et de tremblements. Quand soudain lui prend cette fameuse envie de “rendre” si caractéristique de la chimiothérapie…
Problème : va t’arrêter alors que tu es en plein milieu de l’autoroute ! 
Bande d’arrêt d’urgence visible à droite, frein à main, drift, bref ma mère est garée. 

Les minutes s’égrènent. C’est long, c’est dur, c’est épuisant.

Maman tente de se relever non sans peine, lorsqu’elle voit une voiture se garer derrière sa petite Corsa. Un homme en sort et vient s’asseoir à coté d’elle. “Tout va bien madame ?” ma mère, entre deux hoquets, le rassure. Il semble avoir saisi les raisons pour lesquelles elle s’est arrêtée sur le bas coté. Toujours assise, elle le regarde, perruque de traviole à cause des spasmes violents qui vienne de la secouer et poursuit :

non mais c’est juste que je suis pressée, je dois rejoindre ma fille à l’hôpital. Elle vient d’être transplantée !

Le visage de notre bienveillant inconnu s’assombrit, mais très vite la lumière réapparait dans ses yeux : “et demain vous allez sauver le monde c’est ça ?”

Par la fenêtre des voitures qui filent à vive allure, si on s’arrête un tout petit instant, on peut assister à un spectacle particulièrement attendrissant sur le bord d’une autoroute des Yvelines…

Ça fait un moment que je l’attends, elle devrait être arrivée, c’est pas son genre ! Déjà qu’au bout de 30 secondes d’absence elle me manque… J’entends toquer à la porte de ma chambre, je ferme les yeux très fort, j’ai pas envie d’être déçue. Heureusement cette fois, c’est pas le personnel de l’hôpital c’est bien elle. Maman à toujours eu le don de soigner ses entrées. Son visage souriant vient illuminer ma chambre. À chaque fois j’éprouve une joie immense à la retrouver, un peu comme un chiot qui devient incontinent à la vue de son maitre ! 

La pauvre a l’air lessivé, elle a chaud et se gratte la perruque. Elle pose ses affaires en vitesse, m’enlace et me lance l’air inquiet :ma chérie ça t’ennuie si je l’enlève ?”, je pouffe. Comment peut-elle imaginer, ne serait-ce qu’une seconde, que ça puisse me gêner ?! En plus j’aime pas cette coupe trop ordonnée ! À la limite je préfère la porter moi-même, au moins ça sera comique. Ma mère retire sa moumoute trop bien coiffée et me dévoile, pour la première fois, son crâne nu.

Sans mensonge, je la trouve soufflante de beauté. 

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On ne voit que ses yeux bleus couleur de l’eau. Son crâne est absolument parfait, je demande à le toucher, elle accepte soulagée. 

Pour faire le deuil de sa perruque, j’ai ma petite idée. Je demande à ce qu’on m’apporte mon fauteuil roulant, oui ça semble très princier dit comme ça, mais il n’en est rien ! Il est temps d’aller se promener, mais pas sans la fameuse perruque. Couloir, ascenseur, air libre… 

Maman pousse mon fauteuil dans les rues de Cochin, jusqu’à une allée entourée d’arbustes. STOP ! C’est là l’endroit parfait. Je requiers la nécessité de « la chose » – dixit perruque – et lui demande de se poster en face de moi, interloquée elle s’exécute. Je place l’inerte coiffe sur le bout de mon pied et shoot de toutes mes forces, équivalentes a celles d’un poussin malade. Ma mère la réceptionne et me la renvoie en riant : le « hairfoot » est né.

Depuis cet instant ma mère a abandonné la perruque et l’idée même de la porter.

Nous avons naturellement instauré des petits rendez-vous, sortes d’“anecdotes d’un crâne à poil” où maman me raconte ses aventures sans perruque. 

Ce jour-ci, elle fait ses courses en compagnie de ma nounou… 

Elles se baladent entre le jambon et le fromage concentrées sur le remplissage du cadi, quand soudain, un jeune homme surgit de nulle part ! Il court dans leur direction, pas le temps de réagir c’est trop tard… Moment d’angoisse, le voilà qui saisit son visage entre ses deux grandes mains et… embrasse avec tendresse la tête chauve de maman. Le coeur qui bat, les yeux écarquillés elle le fixe.

Le grand garçon lui rend son regard, l’air amusé, et lance ‘Vive Barthez !’ à tue-tête !

Je trouve ce moment volé particulièrement touchant. Deux mondes, deux âges, deux vies se rencontrent. Cet inconnu qui surprend ma mère avec ce geste tellement intime, tel un encouragement, une consolation.

C’est comme s’il avait tout compris.

Le cancer, la souffrance, la gêne, le jugement, le regard des autres, la féminité et la perte de cheveux. Sa réponse ? Trouver un prétexte pour la faire sourire et déposer un baiser sur le crâne tristement nu d’une femme, une inconnue, une mère, lui réchauffant ainsi le coeur. 

Voilà quelques bribes de ces moments que nous avons vécues. Nous avons découverts toutes sortes de sentiments, mais surtout des instants inoubliables. J’ai trop peu d’une vie pour vous les conter. Je suis particulièrement touchée par l’intérêt que vous portez à mes chroniques, à ces histoires qui sont les miennes et qui j’espère font échos en vous. La santé est l’essence même de la vie, en parler c’est appréhender, comprendre, partager et enrichir son existence.

On se retrouve dans une semaine, n’hésitez pas à partager nos histoires, celles qui nous ouvrent les yeux et nous rapprochent toujours un peu plus les uns des autres.

À mercredi prochain,

Part 2/2

Olivers’ment vôtre,

Athénaïs