Chrystel : “J’ai été diagnostiquée par : moi-même !”

Chystel est une femme pleine de joie et de positivisme. Maman d’un jeune garçon d’aujourd’hui 12 ans et proche de son mari aimant, Chrystel apprend de manière abrupte qu’elle est atteinte d’un cancer du sein à 41 ans. La peinture, sa passion, va être un véritable exutoire pour cette force de la nature.

  • Présentez-vous

Je m’appelle Chrystel, j’ai 47 ans, je suis mariée et j’ai un enfant, un jeune garçon de 12 ans. Je vis à l’île d’Oléron et je suis originaire de Bordeaux, c’est par choix que je vis au bord de l’océan. Je travaillais dans le secteur du tourisme depuis une vingtaine d’années. Je suis une passionnée de la promotion et la communication de destination en perpétuel changement de nos jours.

  • Comment avez-vous été diagnostiquée ? 

J’ai été diagnostiquée par : moi-même ! Je venais d’avoir 41 ans, j’avais une première mammographie prévue trois mois plus tard et aucun antécédent dans la famille. Un matin d’octobre, en mettant mon maillot de bain, je remarque une trace sous mon sein gauche, comme la marque que peut laisser un vêtement trop serré. Je n’y prête pas attention. Quinze jours plus tard, alors que je suis en déplacement professionnel à Pau, je me retrouve devant un miroir en pied et je trouve que la marque commence à se  “creuser”, comme si quelque chose adhérait sous la peau. De retour chez moi je vais voir mon médecin, je passe une mammographie et une échographie en urgence. C’est une autre médecin associée qui reprend mon dossier, elle me rassure évoquant de possibles changements hormonaux, entre autres. Je téléphone à mon directeur pour lui signifier que je serai en retard. Je lui explique la situation, c’est un ami, un vrai. Je vais seule aux examens, mon mari travaille et moi je pense reprendre mon activité immédiatement. Je passe la mammographie, le radiologue vient pour réaliser l’échographie, il est abrupt. Moi ? Je suis perdue. Voilà que je reçois cette annonce de manière brutale, nous sommes jeudi. Le lendemain, c’est la biopsie. Elle est douloureuse, mais mon mari est près de moi.

Je revois mon médecin entre-temps, son regard sur moi a changé. Il est extrêmement efficace : quelques jours plus tard je suis dans le bureau d’une oncologue, elle n’attend pas les résultats de la biopsie : les images sont parlantes. Je vais subir la totale : chimiothérapie, anticorps, mastectomie et curage axillaire, radiothérapie, puis hormonothérapie !

  • Qu’est-ce que vous avez ressenti ? 

Je n’y crois pas !… Il n’y en a pas de cancer du sein dans ma famille, j’ai 41 ans, je n’ai pas mal… j’avoue que je n’y crois toujours pas, c’est tellement énorme !

  • Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? 

Aujourd’hui, je vis “de trois mois en trois mois”. J’ai fait des récidives, des rechutes, la maladie s’est réveillée 2 fois. En fait, dès le départ j’ai su que j’avais des ganglions au niveau du thorax, le médiastin positif, ainsi que des petits nodules dans les poumons, donc dès que cela se réveille on change de protocole. Le dernier protocole est agressif et date de l’été 2017, ça a été assez terrible. Aujourd’hui ça va mieux, les nouveaux nodules pulmonaires sont stables, le reste ne bouge pas. J’ai un traitement que je supporte pas trop mal, je suis cependant extrêmement fatiguée. Mais qui ne l’est pas ?

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  • Qu’est-ce que la maladie a changé pour vous ? 

La maladie ne m’a pas changée, je suis la même personne. Elle m’a révélé des choses que je savais déjà : que je suis une personne optimiste, toujours souriante et cela n’a pas changé ! Par contre avec les années de traitements et de souffrances je vais à l’essentiel. Je ne supporte plus le “mitigé”, la demi-mesure : je veux tout ou rien, mais pas d’à-peu-près et ce dans tous les domaines. 

Je suis cash et je dis peut-être plus facilement ce que je pense. Depuis “ma résurrection”, je fais tout ce qui peut m’être agréable et me rendre heureuse !

  • Votre hygiène de vie a-t-elle changé ? 

Je ne buvais pas, ou très peu, comme “tout le monde”, je ne fumais pas. Je mange sainement depuis toujours. Aujourd’hui j’ai le temps tous les matins d’aller sur le marché, je n’ai plus le choix que d’encore mieux me nourrir ! J’accepte de m’arrêter avant de tomber de fatigue, donc je prends le temps de me repose et je dors beaucoup. J’ai la chance d’avoir du monde autour de moi pour m’aider pour les taches quotidiennes et l’entretien de la maison, un vrai soutien.

  • La peinture, racontez-nous ? 

La peinture a toujours fait partie de ma vie, j’ai fait des études d’arts plastique. J’ai toujours dessiné et peint, j’ai même essayé différents supports mais pour moi, pour ma maison, ma famille. Les premières années de la maladie je n’avais pas la force de peindre, alors j’écrivais tout ce que je vivais. Puis en juin, un concours de circonstances : un ami propriétaire d’un magasin de décoration me commande quelques toiles afin d’habiller ses murs. J’accepte sans réfléchir, sans peur du regard des autres.

Mon ami publie sur Facebook une présentant de son magasin avec en toile de fond : ma peinture ! Je me retrouve à recevoir des compliments et même des propositions d’achats ! Cela me fait un bien fou, car étant de nouveau en arrêt de travail ainsi qu’en invalidité, j’ai conscience que ma vie professionnelle risque d’être compliquée maintenant. Et là, la peinture, ma passion première, se révèle séduisante. Alors lorsque je ne suis pas trop fatiguée je peins, en plusieurs toiles je trouve mon style. J’espère exposer un jour. Pourtant, peindre me fatigue, alors je suis prudente. C’est merveilleux de vivre sa passion et de recevoir des compliments en retour, je me sens tellement chanceuse dans ces épreuves finalement. Ce n’est pas le tableau qui me rend heureuse mais bien de le réaliser. Travailler les acryliques purs, les superposer, donner du relief, du mouvement… de la vie !

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  • La maladie a-t-elle renforcé votre relation avec vos proches ? 

Non pas vraiment, j’étais déjà proche de ma famille et des amis aimants. Certains se sont éloignés puis sont revenus. Je suis très tolérante, chacun réagi comme il peut. C’est tellement brutal et cela renvoie à sa propre peur de la mort ou à sa propre tolérance à la douleur, et parfois à la peur de se voir diminué. Mon mari a toujours été à mes côtés et de vraies amitiés se sont révélées. Ce qui a été le plus compliqué à gérer c’est le regard que mon fils pouvait porter sur moi, sa maman. Il n’avait alors que 5 ans à l’annonce de mon cancer, aujourd’hui il a 12 ans et comprend tout. Je ne lui ai jamais menti, juste tout expliqué avec des mots simples.

  • Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui vient d’être diagnostiqué de la même pathologie que vous ?

Je lui conseillerai de faire chaque chose les unes après les autres, de ne rien anticiper et d’avoir confiance en son équipe médicale. N’hésitez pas à demander un second avis, la recherche avance, de nouveaux protocoles voient le jour. Ne croyez pas les statistiques, chaque cancer est un cas unique. N’hésitez pas non plus à vous orienter vers des médecines douces ou naturelles, voir un magnétiseur après vos séances de rayons, etc.

  • Quel message souhaitez-vous délivrer à la communauté de We are Patients ? 

Mon message est : tant qu’il y a de la vie et que l’on peut nous proposer un protocole et même si c’est dur, il faut le suivre et essayer. On doit se battre, pour avoir des résultats et faire progresser la science, pour faire reculer cette terrible maladie ! Aussi il faut vivre à 10 000 % dans le présent. Battez-vous pour vivre avec les gens que vous aimez aujourd’hui !